Voilà, aujourd'hui les douleurs que je ressens n'ont que très rarement cette intensité mais j'aime bien ce texte qui me rappelle combien je suis chanceuse chaque jour de pouvoir me lever sans hurler, marcher sans boîter, dormir sans soufrir.Juillet 2002
7 heures, la radio se déclenche. Je me réveille mais reste immobile, les yeux fermés. Mentalement je visionne le nerf et suis son parcourt le long de ma jambe gauche. Une journée comme les autres. J’ouvre les yeux. J’inspire puis tourne la tête vers le réveil. Je me concentre 2 minutes supplémentaires puis, dans un cri de douleur je me renverse sur le côté. Le plus dur est fait, après c’est de la rigolade.
Une dernière grimace et un gémissement plus tard je suis assise devant mon bol de thé, attendant que mes tartines soient dorées. La position assise me soulage. Je réveille lentement mes muscles et prend conscience des zones difficiles : le petit creux entre le bas de ma colonne et ma fesse gauche est brûlant. Une barre traverse ma fesse puis une autre court le long de mon mollet. Marcher va être pénible aujourd’hui. Marcher me fait du bien, c’est le médecin qui l’a dit. Une belle journée boiteuse s’annonce.
Octobre 2002
23 heures. Avec mille précautions, je m’allonge sur le lit. Tout doucement, je fais glisser mon pied gauche pour étendre ma jambe. Ca y est, je suis en position.
2 heures, la douleur me réveille. J’applique la méthode que j’ai mise au point pour m’asseoir et je me retrouve au bord du lit. Je me lève en prenant appui sur le pied droit puis je pose le pied gauche : un torrent de feu jaillit de ma fesse , se précipite le long de ma jambe et s’écrase au bout de mon troisième orteil.
La douleur est trop forte, mon organisme réagit comme il peut : malaise vagal. Ma tension chute, ma vision se brouille, j’ai envie de vomir.
J’ai réussi à m’asseoir. Je sue, je transpire, je coule, je me noie. Mon corps ne m’appartient plus. Des démons frappent mon cerveau en cadence pendant que mon estomac tourbillonne. Je supplie, j’implore, je deviens folle.
Je réussis à me concentrer sur ma respiration. Inspire, expire. La crise est passée. La douleur à été emportée. Je me rafraîchit puis retourne me coucher. La fin de la nuit sera paisible.
Mars 2003
Hier je suis allée chez le kiné.
7 heures, la radio se déclenche. Je me réveille mais reste immobile, les yeux fermés. Mentalement je visionne le nerf et suis son parcourt le long de ma jambe gauche. Quelque chose cloche. Je ne sens pas la chaleur qui se dégage habituellement de ma fesse.
Je souris. Ce kiné est extraordinaire. Ravie, je pousse sur mes coudes pour m’asseoir. La douleur m’arrache un cri et ma tête retombe sur l’oreiller. Une lance enflammée court le long de ma jambe droite.
Avril 2003
Quelque part, très loin le Dieu de la douleur se réveille. Il consulte le panneau d’affichage et s’aperçoit qu’il a oublié d’administrer la douleur quotidienne à sa patiente préférée. Trop tard, voilà déjà son réveil qui sonne.
7 heures, la radio se déclenche. Je me réveille mais reste immobile, les yeux fermés. Mentalement je visionne le nerf et suis son parcourt le long de ma jambe gauche. Quelque chose cloche. Je ne sens pas la chaleur qui se dégage habituellement de ma fesse. Je répète l’opération en me concentrant cette fois-ci sur ma jambe droite. Aucune douleur, aucune chaleur. Surprise, je m’assied sur le lit. Un sourire se dessine sur mon visage. Un sentiment de liberté m’envahit. Je me sens rajeunir.
Quelque part, très loin, le Dieu de la douleur a réunit le grand conseil pour régler le problème. Chacun y va de sa proposition :
-Laissons-la tranquille pour aujourd’hui, on se rattrapera demain.
-Impossible, ma réputation de maître de la souffrance en pâtirait trop.
-Dans ce cas, il faut déclencher la douleur tout de suite.
-Tu sais bien que notre code d’honneur nous interdit de déclencher sans cause.
-C’est vrai, nous pouvons attiser ou prolonger mais pas provoquer.
Je suis assise, encore tout étonnée quand une poussière se détache du plafond. Elle vole quelques instants puis se pose juste sous mon nez. La sentence est immédiate : Mademoiselle, éternuez s’il vous plaît !
Quelque part, très loin, le Dieu de la douleur à dispersé le grand conseil. Sur le dossier il a tamponné : douleur réveillée, affaire classée.
Finalement c'est une cave dont je sors souriante
Evine




