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manon
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- Enregistré le : 27 sept. 2004, 00:00
- Enquête de référencement : Livre
- Citation : ,Vieux texte biblique"On meurt plus sur sa marmite que de famine"
- Localisation : Paris
Article du figaro
[center]Ce jour-là, il faisait très froid à Paris
Il y a 200 ans, jour pour jour, le pape Pie VII sacrait à Notre-Dame de Paris un homme dont l'empreinte sur la France est encore visible aujourd'hui. Un événement extraordinaire, immortalisé par un immense tableau de David, aujourd'hui exposé au Musée du Louvre. Retour sur cette journée du 2 décembre 1804, où Bonaparte devint Napoléon.
C. J.
[02 décembre 2004]
Nuit du 1er au 2 décembre
Il fait très froid à Paris. Pourtant les habitants sont dehors. Les maisons sont décorées, les rues ont été balayées. Les coiffeurs sont au travail dès 2 heures du matin, affairés autour de leurs clientes : les privilégiées qui, dans quelques heures, seront admises dans l'enceinte de Notre-Dame pour assister au couronnement par le Pape de l'Empereur Napoléon, naguère encore Premier consul de la République française. Les cheveux artistement préparés, les dames, pour ne pas déranger le bel ordonnancement de leur coiffure, attendent sur des chaises le moment de se rendre à la cathédrale. La fin de la nuit sera longue...
Au même moment, les hommes, pour la plupart issus de la Révolution, dont Napoléon a fait les dignitaires de son régime, se préparent eux aussi. Leurs costumes, imaginés par les peintres David et Isabey, les font paraître, selon André Castelot dans son Napoléon, «comme échappés d'un bal de la cour des Valois ou venus de quelque soirée travestie dont le thème eût été les Riches Heures du duc de Berry».
6 heures du matin
Enveloppée d'un décor de carton pâte néoplasique, couverte de tentures et de tapisseries, Notre-Dame ouvre ses portes aux invités. Le canon tonne. La foule s'entasse derrière la triple rangée de soldats alignés le long du parcours qu'emprunteront, par la rue Saint-Honoré, les cortèges du Pape et de l'Empereur.
8 heures
Auxonne-Théodore-Marie Thiard, comte de Bissy, membre de l'ancienne noblesse devenu chambellan de l'Empereur, trouve celui-ci vêtu d'une culotte de satin blanc brodée d'épis d'or, de bas de soie blanche et d'une fraise à la Henri IV, mais enveloppé, en guise de robe de chambre, dans son habit de colonel de chasseurs de la Garde. Puis Joséphine paraît, revêtue de sa robe d'impératrice couverte de diamants et d'émeraudes. Napoléon abandonne sa tenue verte pour son habit de velours pourpre et son petit manteau rouge orné de feuilles de laurier et d'abeilles d'or, coiffe un chapeau en feutre noir paré de plumes blanches, ceint son épée sur la poignée de laquelle scintille le Régent, le plus beau diamant de la Couronne. Brusquement, il ordonne que l'on aille chercher le notaire de Joséphine, Raguineau, qui avait déconseillé à la pulpeuse Créole, sous le Directoire, d'épouser un homme «qui n'a que la cape et l'épée». Raguineau se présente, effaré. Napoléon lui lance : «Eh bien, monsieur Raguineau, n'ai-je que la cape et l'épée ?»
8 h 30
Un psychodrame se joue devant le pavillon de Flore, où réside le Pape depuis son arrivée à Paris. Tandis que s'ordonne le cortège pontifical, le porte-croix, Mgr Speroni, refuse de monter dans un carrosse : le protocole lui fait obligation de cheminer sur une mule. Les écuries impériales n'en abritant pas, on loue un âne chez une fruitière. Le porte-croix s'en accommode. Le cortège se met en route. Les badauds s'esclaffent : «Voici la mule du Pape, c'est elle qu'on baise !»
Survient le carrosse du Pape, enveloppé de velours blanc et couronné de la tiare pontificale. Les Parisiens ne rient plus : dès son arrivée à Paris, le Saint-Père a su gagner le respect d'un peuple resté fidèle à sa foi ancienne malgré les campagnes de déchristianisation de la Révolution. Sa venue dans la capitale de la France, pour y sacrer un soldat de fortune hissé jusqu'à un trône occupé auparavant par les descendants de Saint Louis, n'a pas été obtenue sans mal. Il a fallu négocier dur, en alternant les promesses et les menaces. Et Pie VII ne s'est résolu au voyage qu'en considération des intérêts de l'Eglise.
Parti de Rome au début de novembre 1804, dévalisé au cours d'un voyage trop rapide à son goût et trop lent au gré de l'Empereur, il a rencontré celui-ci le 25 novembre en forêt de Fontainebleau, à la croix de Saint-Hérem, par un «hasard» soigneusement combiné par le souverain. Celui-ci l'a fait monter dans son carrosse, lui-même y pénétrant par la portière de droite afin de se réserver la place d'honneur.
A Fontainebleau, le Pape a été accueilli par Talleyrand, ancien évêque d'Autun ayant depuis longtemps renié ses voeux ecclésiastiques. Puis il a été prié d'aller complimenter Joséphine, alors qu'il appartenait à l'Impératrice d'aller saluer le Saint-Père. Emmené à Paris le 28 novembre, il a été installé dans la soirée au pavillon de Flore. La foule parisienne, rassemblée sous ses fenêtres, y a reçu le lendemain matin sa première bénédiction, renouvelée à de nombreuses reprises pendant son séjour dans la capitale.
Il a failli quitter celle-ci, la veille du sacre, en apprenant de la bouche même de Joséphine qu'elle n'était pas unie religieusement à Napoléon. Aux yeux de l'Eglise, elle n'est donc que sa concubine. Mis au pied du mur, l'Empereur se résigne donc à «épouser sa femme» le jour même, le prêtre chargé de bénir leur union n'étant autre que le cardinal Fesch, demi-frère de Madame Mère, devenu primat des Gaules et grand aumônier par la volonté de son neveu. Encore a-t-il fallu obtenir des dispenses papales, car Napoléon ne voulait pas de témoins.
11 heures
Le Pape, après s'être arrêté à l'archevêché pour y revêtir sa chape de drap d'or, s'est assis sur son trône placé dans le choeur de la cathédrale. Les invités et les délégations ont pris place sur des rangées se faisant face dans la nef, ainsi que dans les bas-côtés et les galeries. Au sommet d'un échafaudage ont été juchés le fauteuil de l'Empereur et, un peu plus bas, celui de l'Impératrice. L'échafaudage porte des inscrïptions en lettres d'or : Honneur, Patrie – Napoléon empereur des Français.
Fanfare militaire, rumeur de la foule massée sur le parvis : précédé par des milliers de cavaliers (cuirassiers, chasseurs à cheval, mamelouks), le cortège impérial approche de la cathédrale. Le carrosse de l'Empereur et de l'Impératrice, dans lequel ont également pris place le frère aîné de Napoléon, Joseph, et son frère cadet, Louis, est tiré par huit chevaux isabelle coiffés d'un panache blanc. Des pages vêtus de vert et or s'accrochent au véhicule surchargé d'emblèmes et d'armoiries.
11 h 45
Parvenu à l'archevêché, l'Empereur revêt son grand costume de cérémonie – une cérémonie dont tous les détails ont été réglés, aux Tuileries, par le peintre Isabey, les acteurs ayant appris leur rôle en observant le mouvement, sur un plan de la cathédrale, de petites figurines de bois censées les représenter. Joséphine est coiffée d'un diadème d'améthystes tandis que l'on attache à ses épaules le manteau impérial de trente mètres carrés. Le cortège se met en route à pied vers Notre-Dame, par une galerie de bois ornée de tapisseries.
D'abord viennent l'Impératrice et sa suite. Le manteau de Joséphine est porté par sa fille Hortense, future reine de Hollande, la princesse Joseph, née Julie Clary et future reine de Naples puis d'Espagne, et les trois soeurs de Napoléon, Caroline, Elisa et Pauline, qui s'acquittent de cette charge imposée par leur frère avec une mauvaise grâce manifeste. Puis vient l'Empereur, dont le manteau est soutenu par les deux anciens consuls, Cambacérès, promu archichancelier de l'Empire, et Lebrun, devenu architrésorier, ainsi que par Joseph, futur roi de Naples puis d'Espagne, et par Louis, futur roi de Hollande. Napoléon est coiffé d'une couronne de feuilles de laurier en or. Des maréchaux portent les «honneurs» – sceptre et globe en vermeil, main de justice – fabriqués par le joaillier Biennais, qui tient boutique à l'enseigne du Singe violet. Les «honneurs» de Charlemagne, qui figuraient naguère au sacre des rois, sont portés par les maréchaux Kellermann, Lefebvre et Pérignon.
Midi
Napoléon est apparu dans la nef, salué par les assistants qui, debout, crient «Vive l'Empereur !». Une marche guerrière retentit, interprétée par deux orchestres. Les prie-Dieu de l'Empereur et de l'Impératrice ont été placés dans le choeur. L'ancien général jacobin «jure devant Dieu et ses anges de faire et conserver la loi, la justice et la paix de l'Eglise». Vient le moment du sacre proprement dit, avec la triple onction papale à l'huile sainte, sur la tête et les mains. Le Saint-Père invoque le Tout-Puissant : «Répandez par mes mains les trésors de vos grâces et de vos bénédictions sur votre serviteur Napoléon que, malgré notre indignité personnelle, nous consacrons, aujourd'hui, empereur en votre nom.» Le Pape bénit les ornements impériaux et, ayant consacré l'anneau de l'Empereur, déclare encore : «Recevez cet anneau qui est le signe de la foi sainte, la preuve de la puissance et la solidité de votre empire, par lequel, grâce à sa puissance triomphale, vous vaincrez vos ennemis, vous détruirez les hérésies, vous tiendrez vos sujets dans l'union et vous demeurerez persévéramment attaché à la foi catholique.» La sémillante Laure Junot, future duchesse d'Abrantès, notera que, pendant cette fort longue cérémonie, Napoléon étouffera plusieurs fois un bâillement et qu'après l'onction par l'huile il songera «plutôt à s'essuyer qu'à toute autre chose».
Vient pourtant le moment crucial pour l'improbable destructeur des hérésies. Napoléon saisit la couronne d'or qui étincelle sur son coussin de velours pourpre – cette couronne dont il dira à Sainte-Hélène qu'il lui avait suffi de se baisser pour la ramasser – et, tournant le dos au Pape, la pose sur sa tête (la scène, nullement improvisée, a été auparavant réglée avec l'entourage pontifical). Puis il couronne Joséphine, qui s'est agenouillée devant lui. C'est ce moment qu'immortalisera le pinceau de David, en enjolivant la scène pour plaire à l'Empereur. Ainsi fera-t-il figurer dans la tribune d'honneur la mère de celui-ci alors que «Maman Letizia», qui se trouvait en Italie et à qui aucun titre n'avait été attribué dans la fournée des honneurs familiaux, n'assistait pas au couronnement. Quant au sourire narquois de Talleyrand, qui figure debout à droite du tableau, le dos couvert d'une longue cape rouge, il en dit long sur le scepticisme foncier du futur prince de Bénévent.
Cependant, tout n'est pas encore terminé pour les spectateurs de cette représentation, dont certains sont là depuis plus de six heures. L'Empereur et l'Impératrice se dirigent vers leurs trônes, perchés sur l'échafaudage édifié au milieu de la nef. Un Vivat les salue. Le pape les bénit au nom du «Roi des Rois, Seigneur des Seigneurs», donne l'accolade au nouveau souverain et crie : «Vivat Imperator in aeternum !» La messe étant dite, le Saint-Père se retire avant le serment civil par lequel Napoléon jure notamment de «maintenir l'intégrité du territoire de la République» et de respecter «l'irrévocabilité des ventes des biens nationaux» – une clause à laquelle tiennent beaucoup les anciens révolutionnaires et nouveaux riches enfermés en ce jour dans l'enceinte de Notre-Dame. Enfin, le héraut d'armes proclame : «Le très glorieux et très auguste Napoléon, empereur des Français, est sacré et intronisé !»
Après-midi du 2 décembre
Une cocasserie – l'âne servant de monture au porte-croix du Pape – a réjoui les Parisiens le matin de cette journée. Un autre gag va les mettre en joie après la cérémonie. Alors que cent un coups de canon saluent la sortie de Napoléon de Notre-Dame, une musique militaire attaque un refrain à la mode dont chacun connaît alors les paroles : «Jamais je n't'ai vu comm'ça / Faire des bamboches / Jamais je n't'ai vu comm'ça / Fair'des bamboch' de ce goût-là...»
L'Empereur regagne les Tuileries en passant, cette fois, par la place du Châtelet, les boulevards et la place de la Concorde brillamment illuminée. Le matin, sur le chemin conduisant de l'archevêché à Notre-Dame, il a glissé à son frère aîné : «Joseph, si notre père nous voyait...» Ce soir, il complimente toutes les dames mais dîne en tête à tête avec Joséphine, dont il a voulu qu'elle garde sa couronne d'Impératrice. Un moment d'exception gâté cependant par une remarque de Napoléon au moment de se mettre au lit : «A qui laisserai-je tout cela ?»
Les vêtements du sacre, eux, sont soigneusement rangés. Ils quitteront leurs resserres pendant les Cent-Jours. Etonnés et déçus, les fidèles de Napoléon, qu'avaient galvanisés la redingote grise et le petit chapeau sur le chemin conduisant de Golfe-Juan aux Tuileries, verront l'Empereur ressortir, pour l'assemblée dite du «champ de Mai», les velours, les ors et les plumes du couronnement. Ce sera le 1er juin 1815, au Champ-de-Mars. Dix-huit jours avant Waterloo. [/center]
[center]Ce jour-là, il faisait très froid à Paris
Il y a 200 ans, jour pour jour, le pape Pie VII sacrait à Notre-Dame de Paris un homme dont l'empreinte sur la France est encore visible aujourd'hui. Un événement extraordinaire, immortalisé par un immense tableau de David, aujourd'hui exposé au Musée du Louvre. Retour sur cette journée du 2 décembre 1804, où Bonaparte devint Napoléon.
C. J.
[02 décembre 2004]
Nuit du 1er au 2 décembre
Il fait très froid à Paris. Pourtant les habitants sont dehors. Les maisons sont décorées, les rues ont été balayées. Les coiffeurs sont au travail dès 2 heures du matin, affairés autour de leurs clientes : les privilégiées qui, dans quelques heures, seront admises dans l'enceinte de Notre-Dame pour assister au couronnement par le Pape de l'Empereur Napoléon, naguère encore Premier consul de la République française. Les cheveux artistement préparés, les dames, pour ne pas déranger le bel ordonnancement de leur coiffure, attendent sur des chaises le moment de se rendre à la cathédrale. La fin de la nuit sera longue...
Au même moment, les hommes, pour la plupart issus de la Révolution, dont Napoléon a fait les dignitaires de son régime, se préparent eux aussi. Leurs costumes, imaginés par les peintres David et Isabey, les font paraître, selon André Castelot dans son Napoléon, «comme échappés d'un bal de la cour des Valois ou venus de quelque soirée travestie dont le thème eût été les Riches Heures du duc de Berry».
6 heures du matin
Enveloppée d'un décor de carton pâte néoplasique, couverte de tentures et de tapisseries, Notre-Dame ouvre ses portes aux invités. Le canon tonne. La foule s'entasse derrière la triple rangée de soldats alignés le long du parcours qu'emprunteront, par la rue Saint-Honoré, les cortèges du Pape et de l'Empereur.
8 heures
Auxonne-Théodore-Marie Thiard, comte de Bissy, membre de l'ancienne noblesse devenu chambellan de l'Empereur, trouve celui-ci vêtu d'une culotte de satin blanc brodée d'épis d'or, de bas de soie blanche et d'une fraise à la Henri IV, mais enveloppé, en guise de robe de chambre, dans son habit de colonel de chasseurs de la Garde. Puis Joséphine paraît, revêtue de sa robe d'impératrice couverte de diamants et d'émeraudes. Napoléon abandonne sa tenue verte pour son habit de velours pourpre et son petit manteau rouge orné de feuilles de laurier et d'abeilles d'or, coiffe un chapeau en feutre noir paré de plumes blanches, ceint son épée sur la poignée de laquelle scintille le Régent, le plus beau diamant de la Couronne. Brusquement, il ordonne que l'on aille chercher le notaire de Joséphine, Raguineau, qui avait déconseillé à la pulpeuse Créole, sous le Directoire, d'épouser un homme «qui n'a que la cape et l'épée». Raguineau se présente, effaré. Napoléon lui lance : «Eh bien, monsieur Raguineau, n'ai-je que la cape et l'épée ?»
8 h 30
Un psychodrame se joue devant le pavillon de Flore, où réside le Pape depuis son arrivée à Paris. Tandis que s'ordonne le cortège pontifical, le porte-croix, Mgr Speroni, refuse de monter dans un carrosse : le protocole lui fait obligation de cheminer sur une mule. Les écuries impériales n'en abritant pas, on loue un âne chez une fruitière. Le porte-croix s'en accommode. Le cortège se met en route. Les badauds s'esclaffent : «Voici la mule du Pape, c'est elle qu'on baise !»
Survient le carrosse du Pape, enveloppé de velours blanc et couronné de la tiare pontificale. Les Parisiens ne rient plus : dès son arrivée à Paris, le Saint-Père a su gagner le respect d'un peuple resté fidèle à sa foi ancienne malgré les campagnes de déchristianisation de la Révolution. Sa venue dans la capitale de la France, pour y sacrer un soldat de fortune hissé jusqu'à un trône occupé auparavant par les descendants de Saint Louis, n'a pas été obtenue sans mal. Il a fallu négocier dur, en alternant les promesses et les menaces. Et Pie VII ne s'est résolu au voyage qu'en considération des intérêts de l'Eglise.
Parti de Rome au début de novembre 1804, dévalisé au cours d'un voyage trop rapide à son goût et trop lent au gré de l'Empereur, il a rencontré celui-ci le 25 novembre en forêt de Fontainebleau, à la croix de Saint-Hérem, par un «hasard» soigneusement combiné par le souverain. Celui-ci l'a fait monter dans son carrosse, lui-même y pénétrant par la portière de droite afin de se réserver la place d'honneur.
A Fontainebleau, le Pape a été accueilli par Talleyrand, ancien évêque d'Autun ayant depuis longtemps renié ses voeux ecclésiastiques. Puis il a été prié d'aller complimenter Joséphine, alors qu'il appartenait à l'Impératrice d'aller saluer le Saint-Père. Emmené à Paris le 28 novembre, il a été installé dans la soirée au pavillon de Flore. La foule parisienne, rassemblée sous ses fenêtres, y a reçu le lendemain matin sa première bénédiction, renouvelée à de nombreuses reprises pendant son séjour dans la capitale.
Il a failli quitter celle-ci, la veille du sacre, en apprenant de la bouche même de Joséphine qu'elle n'était pas unie religieusement à Napoléon. Aux yeux de l'Eglise, elle n'est donc que sa concubine. Mis au pied du mur, l'Empereur se résigne donc à «épouser sa femme» le jour même, le prêtre chargé de bénir leur union n'étant autre que le cardinal Fesch, demi-frère de Madame Mère, devenu primat des Gaules et grand aumônier par la volonté de son neveu. Encore a-t-il fallu obtenir des dispenses papales, car Napoléon ne voulait pas de témoins.
11 heures
Le Pape, après s'être arrêté à l'archevêché pour y revêtir sa chape de drap d'or, s'est assis sur son trône placé dans le choeur de la cathédrale. Les invités et les délégations ont pris place sur des rangées se faisant face dans la nef, ainsi que dans les bas-côtés et les galeries. Au sommet d'un échafaudage ont été juchés le fauteuil de l'Empereur et, un peu plus bas, celui de l'Impératrice. L'échafaudage porte des inscrïptions en lettres d'or : Honneur, Patrie – Napoléon empereur des Français.
Fanfare militaire, rumeur de la foule massée sur le parvis : précédé par des milliers de cavaliers (cuirassiers, chasseurs à cheval, mamelouks), le cortège impérial approche de la cathédrale. Le carrosse de l'Empereur et de l'Impératrice, dans lequel ont également pris place le frère aîné de Napoléon, Joseph, et son frère cadet, Louis, est tiré par huit chevaux isabelle coiffés d'un panache blanc. Des pages vêtus de vert et or s'accrochent au véhicule surchargé d'emblèmes et d'armoiries.
11 h 45
Parvenu à l'archevêché, l'Empereur revêt son grand costume de cérémonie – une cérémonie dont tous les détails ont été réglés, aux Tuileries, par le peintre Isabey, les acteurs ayant appris leur rôle en observant le mouvement, sur un plan de la cathédrale, de petites figurines de bois censées les représenter. Joséphine est coiffée d'un diadème d'améthystes tandis que l'on attache à ses épaules le manteau impérial de trente mètres carrés. Le cortège se met en route à pied vers Notre-Dame, par une galerie de bois ornée de tapisseries.
D'abord viennent l'Impératrice et sa suite. Le manteau de Joséphine est porté par sa fille Hortense, future reine de Hollande, la princesse Joseph, née Julie Clary et future reine de Naples puis d'Espagne, et les trois soeurs de Napoléon, Caroline, Elisa et Pauline, qui s'acquittent de cette charge imposée par leur frère avec une mauvaise grâce manifeste. Puis vient l'Empereur, dont le manteau est soutenu par les deux anciens consuls, Cambacérès, promu archichancelier de l'Empire, et Lebrun, devenu architrésorier, ainsi que par Joseph, futur roi de Naples puis d'Espagne, et par Louis, futur roi de Hollande. Napoléon est coiffé d'une couronne de feuilles de laurier en or. Des maréchaux portent les «honneurs» – sceptre et globe en vermeil, main de justice – fabriqués par le joaillier Biennais, qui tient boutique à l'enseigne du Singe violet. Les «honneurs» de Charlemagne, qui figuraient naguère au sacre des rois, sont portés par les maréchaux Kellermann, Lefebvre et Pérignon.
Midi
Napoléon est apparu dans la nef, salué par les assistants qui, debout, crient «Vive l'Empereur !». Une marche guerrière retentit, interprétée par deux orchestres. Les prie-Dieu de l'Empereur et de l'Impératrice ont été placés dans le choeur. L'ancien général jacobin «jure devant Dieu et ses anges de faire et conserver la loi, la justice et la paix de l'Eglise». Vient le moment du sacre proprement dit, avec la triple onction papale à l'huile sainte, sur la tête et les mains. Le Saint-Père invoque le Tout-Puissant : «Répandez par mes mains les trésors de vos grâces et de vos bénédictions sur votre serviteur Napoléon que, malgré notre indignité personnelle, nous consacrons, aujourd'hui, empereur en votre nom.» Le Pape bénit les ornements impériaux et, ayant consacré l'anneau de l'Empereur, déclare encore : «Recevez cet anneau qui est le signe de la foi sainte, la preuve de la puissance et la solidité de votre empire, par lequel, grâce à sa puissance triomphale, vous vaincrez vos ennemis, vous détruirez les hérésies, vous tiendrez vos sujets dans l'union et vous demeurerez persévéramment attaché à la foi catholique.» La sémillante Laure Junot, future duchesse d'Abrantès, notera que, pendant cette fort longue cérémonie, Napoléon étouffera plusieurs fois un bâillement et qu'après l'onction par l'huile il songera «plutôt à s'essuyer qu'à toute autre chose».
Vient pourtant le moment crucial pour l'improbable destructeur des hérésies. Napoléon saisit la couronne d'or qui étincelle sur son coussin de velours pourpre – cette couronne dont il dira à Sainte-Hélène qu'il lui avait suffi de se baisser pour la ramasser – et, tournant le dos au Pape, la pose sur sa tête (la scène, nullement improvisée, a été auparavant réglée avec l'entourage pontifical). Puis il couronne Joséphine, qui s'est agenouillée devant lui. C'est ce moment qu'immortalisera le pinceau de David, en enjolivant la scène pour plaire à l'Empereur. Ainsi fera-t-il figurer dans la tribune d'honneur la mère de celui-ci alors que «Maman Letizia», qui se trouvait en Italie et à qui aucun titre n'avait été attribué dans la fournée des honneurs familiaux, n'assistait pas au couronnement. Quant au sourire narquois de Talleyrand, qui figure debout à droite du tableau, le dos couvert d'une longue cape rouge, il en dit long sur le scepticisme foncier du futur prince de Bénévent.
Cependant, tout n'est pas encore terminé pour les spectateurs de cette représentation, dont certains sont là depuis plus de six heures. L'Empereur et l'Impératrice se dirigent vers leurs trônes, perchés sur l'échafaudage édifié au milieu de la nef. Un Vivat les salue. Le pape les bénit au nom du «Roi des Rois, Seigneur des Seigneurs», donne l'accolade au nouveau souverain et crie : «Vivat Imperator in aeternum !» La messe étant dite, le Saint-Père se retire avant le serment civil par lequel Napoléon jure notamment de «maintenir l'intégrité du territoire de la République» et de respecter «l'irrévocabilité des ventes des biens nationaux» – une clause à laquelle tiennent beaucoup les anciens révolutionnaires et nouveaux riches enfermés en ce jour dans l'enceinte de Notre-Dame. Enfin, le héraut d'armes proclame : «Le très glorieux et très auguste Napoléon, empereur des Français, est sacré et intronisé !»
Après-midi du 2 décembre
Une cocasserie – l'âne servant de monture au porte-croix du Pape – a réjoui les Parisiens le matin de cette journée. Un autre gag va les mettre en joie après la cérémonie. Alors que cent un coups de canon saluent la sortie de Napoléon de Notre-Dame, une musique militaire attaque un refrain à la mode dont chacun connaît alors les paroles : «Jamais je n't'ai vu comm'ça / Faire des bamboches / Jamais je n't'ai vu comm'ça / Fair'des bamboch' de ce goût-là...»
L'Empereur regagne les Tuileries en passant, cette fois, par la place du Châtelet, les boulevards et la place de la Concorde brillamment illuminée. Le matin, sur le chemin conduisant de l'archevêché à Notre-Dame, il a glissé à son frère aîné : «Joseph, si notre père nous voyait...» Ce soir, il complimente toutes les dames mais dîne en tête à tête avec Joséphine, dont il a voulu qu'elle garde sa couronne d'Impératrice. Un moment d'exception gâté cependant par une remarque de Napoléon au moment de se mettre au lit : «A qui laisserai-je tout cela ?»
Les vêtements du sacre, eux, sont soigneusement rangés. Ils quitteront leurs resserres pendant les Cent-Jours. Etonnés et déçus, les fidèles de Napoléon, qu'avaient galvanisés la redingote grise et le petit chapeau sur le chemin conduisant de Golfe-Juan aux Tuileries, verront l'Empereur ressortir, pour l'assemblée dite du «champ de Mai», les velours, les ors et les plumes du couronnement. Ce sera le 1er juin 1815, au Champ-de-Mars. Dix-huit jours avant Waterloo. [/center]
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manon
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- Citation : ,Vieux texte biblique"On meurt plus sur sa marmite que de famine"
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Je regrette qu'il n'y ait pas de célébration.
Le code civil c'est Napoléon, la plupart de nos institutions datent de lui égalemment.
On rate une superbe occasion d'une fête "patriotique", serait ce que la peur d'une revendication des prétendants au trône qui nous priverait de la commémoration ?
A votre avis?
Le code civil c'est Napoléon, la plupart de nos institutions datent de lui égalemment.
On rate une superbe occasion d'une fête "patriotique", serait ce que la peur d'une revendication des prétendants au trône qui nous priverait de la commémoration ?
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